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mardi 24 mars 2009
par jeanclaude
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Saos

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Les Sao (ou Saô, Sow, So, ) sont une ancienne population d’Afrique centraleCameroun, Tchad et Nigeria d’aujourd’hui – constituée de groupes distincts par leur langue et leur mode de vie, qui se sont fédérés autour de quelques cités plus puissantes. Ils habitaient dans les basses vallées du Logone, du Chari et de la Yoobé.

C’est à des écrivains de langue arabe que l’on doit les premières mentions du terme Sô au XIVe siècle.

Certains leur accordent une dimension mythique. Les légendes ont précédé les fouilles archéologiques, ils étaient connus dans tout le Sahel tchadien (« c’était des géants ») auxquels on attribuait des pouvoirs surhumains.

Sommaire

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Origine [modifier]

Les Sao semblent avoir été les plus anciens habitants de la région du sud du Lac Tchad, dans laquelle ils se seraient établis à partir du IX° siècle avant JC et jusqu’au XIX°. Ils sont originaire de la vallée du Nil. Dans l’Egypte antique, les Sao ou Saou representaient la classe des pretes Sorciers et exorciste. Le clerger D’Amon était des Saos.

Le lac occupait alors tout son bassin, y ont été retrouvés des squelettes d’animaux, des peintures rupestres et des tumulus avec des statuettes funéraires faites d’argile et de bronze.

Historique [modifier]

Entre les VII° et VIII° siècles, des nomades blancs arrivent dans la région du Kanem, alors habitée par une population noire, les Sao, qu’ils contraignent à la soumission. Les nomades installent leur capitale à l’Est du Lac Tchad, N’Jimi. Leur première dynastie est celle des Sefuwa.

Ce royaume est envahi par le royaume du Kanem au XI° siècle, sa population est métissée entre les nomades blancs et les populations noires. Puis, afin de former ce qui sera le Grand Karnem, les Karnembu décident de coloniser l’ouest du lac et de maîtriser les Sao de cette région (le Bornou). Mais les Sefawi exercent toujours une répression féroce sur les Sao qui se réfugient à l’intérieur du Lac .

Ce qui marque le début des agressions subies par ces populations du Sud : royaume du Kanem, du Bornou, Kanem-Bornou, du Baguirmi puis du Ouaddaï au XVI° siècle. Les attaques et exterminations connaissent leur apogée au XIV° siècle (sous le règne du Kanem Idriss Alaoma) : destruction des camps fortifiés et des habitations Sao, destruction des champs et des récoltes, abattage des arbres, interdictions de sortir des camps et villes fortifiées . Les Sao furent vaincus par la famine.

Une civilisation née de l’argile [modifier]

Les Sao vivaient en cités encloses dans une muraille (à l’origine du nom des Sao) de terre crue de base large de 3,5 à 4 mètres, et occupaient des buttes anthropiques ou villages de huttes (desquels ont été exhumées des figurines Sao) en bordure d’eau.

Les Sao maîtrisent l’argile et la céramique (depuis le IX° avant JC), outre le mobilier domestique et cultuel, qui compte de vases de toutes formes, des fourneaux munis de trous d’aération, les potiers produisent un abondant outillage, des bijoux, des jouets, des symboles monétaires.

Le métal n’est lui pas présent dans tous les sites visités et découverts par les archéologues. Le cuivre l’était beaucoup plus et était moulu la cire perdue.

Après leur mort, entre les XVII° et la première moitié du XIX° siècle, certains Sao – ils s’agissaient toujours de groupes non homogènes - étaient inhumés dans des doubles jarres. C’est-à-dire que le corps (en position fœtale) était enterré dans une grand jarre (à la place du cercueil), puis recouvert d’une autre ; non sur la rive des fleuves mais dans un cimetière.

Ces jarres servaient aussi à cacher les jeunes enfants lors des périodes troubles, por les protéger de la violence.

Organisation économique et familiale [modifier]

Les Sao étaient des pêcheurs et des agriculteurs, c’étaient des hommes robustes et grands (selon les ossements et squelettes retrouvés).

Les femmes Sao portaient des labrets aux lèvres : allant de la simple rondelle au plateau. Cette pratique aurait eu pour objet de rebuter les étrangers et les esclavagistes du Nord. Ou répondrait à un canon esthétique et serait la marque de la différentiation sexuelle.

Les Sao rendaient un culte à leurs ancêtres, au génie de l’eau, et pratiquaient le totémisme.

Les descendants des Sao [modifier]

Certains de leurs descendants vivent toujours dans les mêmes contrées, divisées aujourd’hui entre le Cameroun, le Nigeria et le Tchad.

Les Bakoko sont leurs descendants, les Beti du Cameroun, les Peuls et les Laobés de patronyme Sow. Islamisés de longue date, ils ont toutefois conservé de nombreuses pratiques incompatibles avec l’Islam (ils rendent un culte à l’esprit de l’eau, à certains arbres, à des pierres). Voir les études de l’égyptologue et scientifique Cheikh Anta Diop, Sim Mi Nsonkon Rémy.

Le jour de l’indépendance du Tchad, André Malraux dira : « Monsieur le Président, les Sao sont vos Gaulois »[1].

Notes [modifier]

  1. Jean Chapelle, Le peuple tchadien : ses racines, sa vie quotidienne et ses combats, L’Harmattan, 1986, p. 31

Voir aussi [modifier]

Articles connexes [modifier]

Bibliographie [modifier]

  • (en)(fr) Gerard Jansen (photos) et Jean-Gabriel Gauthier (texte), Ancient art of the Northern Cameroons : Sao and Fali/Art ancien du Nord-Cameroun : Sao et Fali, Anthropological Publications, Oosterhout, 1973, 56 p.
  • (en) F. W. H. Migeod, The ancient So people of Bornu, Journal of the African Society 23 (89) 1923, réédité dans Borno Museum Society Newsletter, n° 13 et 14, octobre-novembre-décembre 1992 ; janvier-février-mars 1993, p. 15-24
  • (en) Abba Isa Tijani, « Armlets of São », Borno Museum Society Newsletter, n° 11-12, avril-mai-juin-juillet-août-septembre 1992, p. 62-64
  • (fr) Soter Azombo-Menda, Séquence et signification des cérémonies d’initiation So, Université de Paris 5, 1971, 684 p. (Thèse)
  • (fr) Jean Chapelle, Le peuple tchadien : ses racines, sa vie quotidienne et ses combats, L’Harmattan, 1986, 303 p. (ISBN 9782858027286)
  • (fr) Joseph-Marie Essomba (dir.), L’Archéologie au Cameroun : actes du premier colloque international de Yaoundé, 6-9 janvier 1986, Karthala, 1992, 383 p. (ISBN 9782865373642)
  • (fr) Jean-Gabriel Gauthier, « La civilisation Sâo : recherches archéologiques en pays Fali (Nord Cameroun) », Archeologia (Paris), n° 49, août 1972, p. 45-56
  • (fr) Jean-Gabriel Gauthier, « L’étonnante sculpture Sâo », in Archeologia (Paris), n° 103, février 1977, p. 60-71
  • (fr) Jean-Gabriel Gauthier, Archéologie du pays Fali, Nord Cameroun (Étude de synthèse d’une population donnée dans son écologie et son environnement, Kirdi Fali du Cameroun septentrional), CNRS, Paris, 1979, 183 p. (ISBN 2-222-02538-9)
  • (fr) Dierk Lange, L’histoire du Borno et des Etats Hausa à l’époque médiévale, Université Panthéon-Sorbonne, Paris 1, 1987, 3 vol. (Thèse)
  • (fr) Raymond Lantier, Jean-Paul Lebeuf et A. Masson Detourbet, La civilisation du Tchad suivi de Les bronzes sao, Payot, Paris, 1950, 198 p.
  • (fr) Jean-Paul Lebeuf, Archéologie tchadienne : les Sao du Cameroun et du Tchad, Hermann, Paris, 1962, 147 p.
  • (fr) Annie et Jean-Paul Lebeuf, « Datations au C 14 de sites Sao (Cameroun et Tchad) », Notes africaines (Dakar), n° 128, octobre 1970, p. 105-106
  • (fr) Jean-Paul et Annie Lebeuf, Les Arts des Sao : Cameroun, Tchad, Nigeria, Chêne, Paris, 1977, 205 p. (ISBN 9782851081285)
  • (fr) Jean-Paul et Annie Lebeuf, Le Gisement sao de Mdaga, Tchad : fouilles 1960-1968, Société d’ethnographie, Paris, 1980, 214 p. (ISBN 2901161154)
  • (fr) Alain Marliac, Archéologie du Diamaré au Cameroun septentrional : milieux et peuplements entre Mandara, Logone, Bénoué et Tchad pendant les deux derniers millénaires, Archaeopress, 2006, 182 p. (ISBN 9781841719788)
  • (fr) Engelbert Mveng, « Les Sao » in Histoire du Cameroun, Centre d’édition et de production pour l’enseignement et la recherche, 1984, p. 41-44
  • (fr) Christian Seignobos et Henry Tourneux, « Sao », in Le Nord-Cameroun à travers ses mots : Dictionnaire de termes anciens et modernes, Karthala, 2002, p. 243-244 (ISBN 9782845862456)
  • (fr) Françoise Treinen-Claustre, « Un nouveau site sao au Tchad : Korno », Notes africaines (Dakar), n° 127, juillet 1970, p. 65-74

Liens externes [modifier]